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Originalité de la formation

Questions / réponses extraites de l'entretien réalisé entre l'association et M. Claude Lucas de Leyssac, directeur de la formation.
  • Un Master 2 « Recherche » ne conduit-il pas à une carrière universitaire, plus qu’à la pratique du droit des affaires ?
    Contrairement à ce qui a pu être dit, l’Université ne « fabrique » pas que des professeurs de droit civil ou de droit international privé. La société a besoin de juristes d’affaires.

    Une distinction entre ce qui s’appelait à l’époque les « troisièmes cycles » a été organisée : l’idée était de distinguer parmi les formations supérieures celles qui conduisent à la recherche fondamentale de celles qui s’attachent à l’application des résultats de la recherche par des professionnels. Dans le domaine scientifique on comprend la pertinence de cette distinction : c’est celle de la science et de la technique – et c’est sans doute sa force qui a conduit à sa généralisation.

    Malheureusement, cette distinction n’a aucune pertinence en sciences sociales, et donc en droit : dans ces domaines, il n’existe aucune loi scientifique fondamentale à découvrir pour les appliquer à l’aide de techniques que les professionnels seraient chargés de mettre au point. En droit, la distinction entre Master « Recherche » et Master « Professionnel » n’a aucune consistance épistémologique. Retour en haut de page
  • N’existe-t-il aucune différence réelle entre un M2 « Recherche » et un M2 « Professionnel » ?
    Il y a une différence, car les mots ont un poids. Un étudiant cherche à se préparer à l’exercice d’une profession. Il est donc naturellement sensible à l’adjectif professionnel et il sera donc plus attiré par un M2 « Professionnel » - d’où l’encombrement pour l’accès à ces formations.

    Il y a une autre différence, car les M2 « Professionnel » comportent un stage obligatoire et les stages sont très décoratifs dans les CV, ce qui peut faciliter l’intégration professionnelle.

    Mais fondamentalement, il n’y a pas de différence entre les deux, car il n’y a pas deux façons de continuer à apprendre le droit à Bac+4. Retour en haut de page
  • Un Master 2 « Professionnel » ne prépare-t-il pas effectivement les étudiants à l’exercice du droit en mettant l’accent sur les pratiques actuelles des professionnels ?
    Il faut s’entendre sur ce que doit être la formation juridique.

    S’il s’agit d’apprendre aux étudiants le détail des recettes de cuisine qui permettent de fabriquer les plats à la mode à un moment donné, ces formations sont adaptées. Mais la mode change, les produits aussi et avec eux les besoins des consommateurs de droit.

    Le Master 2 « Recherche » Droit des affaires cultive une autre conception de la formation juridique. Il cherche à donner aux étudiants les moyens de créer du droit, d’innover, et donc de pouvoir s’adapter aux changements incessants de la demande. Pour cela, il met l’accent sur l’acquisition des mécanismes fondamentaux du droit des affaires.

    L’opposition entre théorie et pratique est artificielle. Dans les sciences dites dures, elle est contestée ; en Droit, elle est même trompeuse. Que fait-on lorsqu’il est question de bâtir un contrat d’un type nouveau ? Un acte de pratique professionnelle. Mais comment en garantir la solidité, l’efficacité sans utiliser les mécanismes connus et reconnus du droit des obligations – sans recourir en somme aux outils que la théorie s’efforce de décrire, de préciser et d’affiner ? Que fait, avec le juge qui doit statuer, un avocat qui s’efforce d’obtenir une décision nouvelle ou un revirement de jurisprudence ? De la recherche, puisque l’un comme l’autre participent à un effort d’innovation.

    Dans un monde où le droit change constamment parce que ce monde évolue très rapidement, il n’existe pas de différence entre la théorie et la pratique, tout au moins pour les juristes qui font autre chose que de recopier des formulaires préétablis. Le Master 2 « Recherche » Droit des affaires veut ouvrir à ses étudiants d’autres horizons professionnels que le recopiage de formulaires.

    Le Doyen Christian Gavalda, fondateur du DEA, avait coutume de dire : « Nous formons des officiers supérieurs, pas des sous-officiers ». Retour en haut de page
  • Quels sont les moyens mis en œuvres par ce Master 2 « Recherche » pour refuser cette distinction entre théorie et pratique ?
    Tous les responsables des quatre cours fondamentaux sont à la fois des théoriciens reconnus et des praticiens chevronnés. Ils ont tous écrit des ouvrages théoriques à la lumière de leur expérience pratique, et ils mettent tous quotidiennement en pratique leurs connaissances théoriques. Ce va et vient incessant et exigeant entre théorie et pratique prépare les étudiants à l’exercice professionnel du droit à haut niveau.

    Dans les séminaires, le Master 2 fait systématiquement appel à des praticiens, qui sont pour la plupart des anciens du DEA, pour apporter dans les enseignements la sensibilité de l’entreprise. Retour en haut de page
  • Les étudiants du Master 2 « Recherche » Droit des affaires n’aspirent-ils pas majoritairement à une carrière universitaire ?
    Non, ces étudiants sont pour la plupart attirés par une vie professionnelle de praticiens – peu d’entre eux envisagent une carrière universitaire.

    Cela prouve que le clivage recherche/professionnel n’est pas adapté à l’enseignement du Droit. Et cela prouve assurément que les recruteurs ont parfaitement compris l’originalité et l’intérêt du Master 2 « Recherche » Droit des Affaires de Paris 1 puisqu’ils font aux étudiants des offres d’emploi auxquelles ils ne résistent pas malgré les attraits de la carrière universitaire. Retour en haut de page
  • Comment se fait‐il que le M2 accueille beaucoup plus d’étudiants que les autres formations comparables ?
    Devant le succès rencontré par le DEA, l’Université de Paris 1 a décidé de se donner les moyens d’admettre dans cette formation tous les étudiants qui le méritaient, et non pas seulement les vingt‐cinq premiers – titulaires de mention Bien. Il s’agissait d’éviter de faire subir aux étudiants les effets d’une sélection artificielle. Cela a supposé a mise à disposition de moyens importants puisqu’il n’était pas question de sacrifier la qualité de la formation dont l’unité de base doit rester la vingtaine d’étudiants. C’est pourquoi tous les commercialistes de Paris 1, et ils sont nombreux, enseignent dans le M2, de sorte que les groupes demeurent d’une vingtaine d’étudiants. Retour en haut de page